21/11/2008

La Porte

Ma dernière note portait sur le Temps...celui a fait son oeuvre, des pages comme des minutes se sont tournées et une nouvelle Porte de mon existence s'est entrouverte....les battants ne sont pas complètement ouverts, il reste une part d'incertitude, de doute mais aussi d'envie...Pour décrire cet état voici quelques lignes d'une planche récente que j'ai écrit, justement sur le symbole de la Porte...

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Elle est un moyen d’accès, matériel et symbolique, lieu de passage entre deux états ou deux mondes:

Entre l’intérieur et l’extérieur

Entre la sécurité et l’insécurité

Entre le connu et l’inconnu

Entre le monde profane et le monde sacré, frontière de nos possibilités.

 

Mais surtout la Porte doit être comprise comme un seuil, symbole de la dualité de chaque chose et de l’opposition qui finalement unie les éléments de la vie et de l’esprit, symbole des débuts de l’humanité quand la porte fut inventée comme seul lieu de passage dans l’enceinte protectrice crée alors par les premiers hommes.

Elle porte en elle deux principes qui déterminent la passivité ou au contraire l’action selon que les battants sont ouverts ou fermés, deux principes basés sur l’extériorité ou l’intériorité.

 

Ouverts ils sont actif, invitant l’homme libre à en franchir le seuil, soit pour entrer et travailler à l’abri des regards, soit pour sortir et alors affronter le monde et ainsi élargir le cercle de ses limites.

En la franchissant de l’intérieur vers l’extérieur, l’initié part à la conquête du savoir, par la Porte de la connaissance.

Fermés les battants s’inscrivent dans l’enceinte protectrice, dans la matrice de dimension passive, où l’homme errant se ressource dans la quiétude des murailles à l’abri des turbulences extérieures. L’instant est alors propice à la construction personnelle par l’introspection mais néfaste à une construction plus complexe en l’absence de confrontation aux autres.

L’homme derrière la Porte est certes protégé mais isolée de la vraie vie. Comme pour la porte de la geôle, l’isolement ainsi subi annihile l’espoir de l’inconnu et de la Liberté.

Fermée ou ouverte elle reste un symbole fort de curiosité et d’envie, elle invite toujours en la franchissant à aller inéluctablement plus loin, vers ce qui semble caché ou protégé par les gardiens du Temple ou les geôliers. C’est l’épreuve par excellence, l’épreuve du choix.

Celui-ci symbole du FM arrivé à maturité a débuté lors de la première entrée dans le Temple, par la porte basse. Courbé, plié à genoux, le postulant par son choix d’être initié s’est préparé à une descente volontaire même inconsciemment, s’est préparé à un « passage ». Il pense alors au Temple qui va se révéler à lui sans penser forcément à cet instant que celui ci n’est pas cet espace dans lequel il va pénétrer mais plus certainement son moi, son inconscient qu’il va chercher à atteindre au fur et a mesure de sa quête initiatique. Cette porte donne alors sur un espace à conquérir et à découvrir. Entrouverte, elle laisse au postulant l’espace nécessaire à son accomplissement. Est il certain à cet instant qu’il quitte l’espace de la vie pour atteindre un lieu sacré ou au contraire, qu’il pénètre tout simplement dans un lieu de travail pour mieux retourner ensuite dans l’enceinte sacré de son moi intérieur situé dans le monde profane. Il est ici nécessaire de préciser que l’important est ce passage, ce seuil à franchir. Peu importe en effet de savoir s’il quitte ou au contraire s’il rejoint le Temple, peu importe de savoir si le Temple est cet espace intérieur que nous nommons Loge ou si au contraire il se situe avant la Porte, et si ce Temple symbolique est notre quotidien, l’indispensable dans cette démonstration est le chemin choisi et la méthode utilisée pour se construire.

Par l’étroitesse du passage le nouvel initié pressent la difficulté à continuer plus avant s’il ne se dépouille pas des valeurs terrestres, de ses « habitus » au sens de Bourdieu. La dimension réduite de ce passage, ce seuil à franchir détermine la nature de l’Etre et non de l’avoir. Ne procédant pas par accumulation mais par élimination et abandon, elle doit alléger l’initié et son intellect, pour permettre un libre accès à la Lumière. La porte à ce stade pourrait s’apparenter à la notion de commencement : pousser la porte s’est découvrir un nouveau monde, c’est recommencé dans la nudité du nouveau né. Nous rejoignons là la référence à Janus Dieu des « prima » qui préside au début de l’année et qui s’honore au début du jour. Commencement, mais aussi naissance. Pour mémoire dans la Rome antique le seuil de la porte est lieu d’un rituel de naissance. Ces éléments, indiquent donc unanimement une direction de la pensée symbolique : la porte est le début d’un espace, le début de la vie, de l’an, du jour, ou d’une action mais surtout je crois qu’elle matérialise un dedans et un dehors, et qu’elle nous invite à comprendre que c’est en sortant et non en rentrant que le commencer apparait ! Quand le couvreur à la fin de la tenue, ouvre à double battant les portes du Temple il nous invite à conquérir le dehors à commencer notre travail, à continuer au dehors l’œuvre commencé dans le Temple ! Il pourrait ainsi nous pousser à l’extérieur en utilisant l’expression «  dehors, à la porte ! » allez découvrir le monde, quittez cette Loge pour gagner le terrain de votre œuvre !  ! Il demeure cependant toujours comme Janus protecteur des voyageurs, et a été souvent figuré à l’extérieur des portes, pour protéger, hors de la maison, les voyageurs qui emprunteront les chemins de l’inconnu. Comme son ancêtre le Xu dan étrusque ou comme le Nergal babylonien, il est celui qui fait sortir la lumière des portes du jour.

Chez nous, on peut affirmer qu’il livre au FM regagnant le monde de la vie, la Lumière apportée par la Loge et par le Vénérable Maitre. C’est aussi une des raisons symbolique pour lesquelles il est préférable que le couvreur soit un ancien VM ayant déjà approché la Lumière…

Si on vient d’évoquer le commencer et le sortir, il faut aussi aborder le thème de l’ouverture, toujours revenir à Janus et Shamas le babylonien qui possède les clés des portes du levant. Celui qui détient les clés car il a exercé au préalable les plus hautes fonctions, est celui qui ouvre les portes et donne la Liberté. Liberté construite car Liberté de la conquête comme on l’a évoqué précédemment, mais aussi pourquoi pas Liberté d’atteindre ou de chercher le Divin, non plus par la porte basse de l’entrée mais par la porte haute comme la porte du sommet du crane par laquelle le Yogin s’échappe de son enveloppe matériel a dit Elyade.

Fermée ou ouverte, gardée par le Couvreur, l’initié doit se poser aussi la question de la possibilité. La porte est alors symbole non plus du choix mais du possible ; elle doit sans cesse nous rappeler que tout est possible pour l’homme lucide et volontaire et qu’il peut quitter la caverne.

Ce clin d’œil au mythe de Platon est nécessaire car comme dans son récit il est aussi nécessaire pour celui qui a su arpenter le monde de la réalité, de redescendre porter le Lumière et de revenir au concept d’intériorité.

La Porte à ce stade symbolise aussi des notions comme finir, puis fermer. Finir car quand la Porte s’ouvre le travail intérieur des ouvriers se termine. C’est encore un rappel à la fin ultime qu’est la Mort car le soleil se couche à l’occident, à la porte des morts.

Fermer car quand les battants sont clos, la serrure, la barre et les verrous sont mis, l’unité perdue est retrouvée et protégée, le Temple centre possible de l’univers est imprenable. Le « sacer » latin la mise à l’écart devient espace de rupture par la fermeture, le Profane devenu postulant et initié peut alors commencer dans l’intériorité retrouvée à penser pour agir plus tard.

Ce voyage se termine, la lumière après avoir été protégée est transmise par le Couvreur est admise comme partie intégrante du moi et il ne reste plus en guise de conclusion qu’à revenir sur le nécessaire travail sur les symboles :

La méthode maçonnique, les outils proposés peuvent désarmer les jeunes initiés ou les décourager. Pour conclure je voudrais ainsi reprendre les termes du manuel du 1er surveillant, édité par Detrad qui explique en résumé que la méthode symbolique réunie le visible, le tangible le concret à l’invisible, l’abstrait, l’intangible, grâce à l’imaginaire. Cet acte unificateur rassemble ce qui pourrait sembler épars, pour le profane et nous libère de nos héritages par le travail sur les images que nous appelons à défiler de notre inconscient vers notre conscient, pour peut être mieux s’en délivrer ? Là est le premier travail maçonnique qui consiste à monter progressivement vers la Lumière, à ouvrir les Portes de nos barrières pour un jour atteindre, au grand soleil, celles de notre propre Liberté quand l'unité rejoint le Tout.